|
Genshiken est à l'origine un manga de Kio Shimoku, auteur encore peu connu né en 1974 au Japon. Il comporte 9 volumes, publiés de juin 2002 à juin 2006 au Japon chez Kodansha. La prépublication s'est faite dans le magazine affilié à la Kodansha : le mensuel Afternoon. En France, Kurokawa se charge de l'adaptation, le premier volume étant paru début mai 2007.
L'univers
Genshiken est l'abréviation des termes japonais «Gendai
Shikaku Bunka Kenkyūkai», pour «Club d'étude de la culture visuelle
moderne».
Ce manga permet de suivre les activités d'un groupe
d'étudiants passionnés de mangas, animes et jeux vidéo. Ces étudiants
adhèrent à un club, selon les règles du système scolaire japonais
imposant la participation à des activités extra-scolaires, système que
l'on peut par exemple retrouver en Allemagne...
Genshiken
nous plonge ainsi dans la vie d'otakus purs et durs, c'est pourquoi le
manga est souvent «classé» dans la catégorie «tranches de vie» du
seinen.
Du fait de l'importance prise au Japon et dans les pays
étrangers de ce que certains sociologues n'hésitent pas à qualifier de
«sous-culture» otaku, le manga Genshiken n'est pas qu'un simple manga.
Sans pour autant tomber dans une schématisation exagérée des thèmes
traités dans Genshiken, on peut affirmer que ce manga est une
simili-étude sociologique, en ce qu'il illustre parfaitement la vie,
les pratiques, les aléas, une façon de penser et de se comporter
propres aux otakus.
Ainsi, Genshiken s'avère être d'un
intérêt double. D'une part, il permet une illustration très réaliste
des individus qualifiés d'otakus, car le manga, sous couvert de
situations hilarantes, montre clairement les activités auxquelles
s'adonnent les otakus. D'autre part, il permet aux lecteurs étrangers
de s'identifier à des personnages réellement attachants.
Analyse
Genshiken nous plonge dans l'univers des otakus. On y suit le
parcours initiatique d'un jeune homme, Sasahara Kanji, qui doit lors de
son entrée en faculté rejoindre un club. Hésitant entre le club manga
et le club consacré aux animes, il se rend compte de l'existence d'un
«club d'étude de la culture visuelle moderne», le Genshiken. Sasahara
se rend au lieu de réunion du club quelques jours plus tard. Les
membres vont lui tendre un piège bien particulier : le laisser dans le
local avec des revues érotiques placées en évidence ! Genshiken débute
alors sur les chapeaux de roue, et nous sommes directement directement
plongés dans l'univers des otakus.
Alors que l'auteur débute
le manga en nous faisant suivre Sasahara, on s'aperçoit vite que tous
les membres ont une importance. L'auteur confère toutefois un rôle
prépondérant à Saki Kasukabe, la petite amie de Makoto Kosaka. Alors
que Kosaka est un véritable otaku, spécialiste en jeux vidéo, Saki n'a
rien à voir avec cette culture et adhère au club avec pour objectif
d'en faire sortir Kosaka.
Le récit n'est pas raconté à la première
personne : on n'a pas à supporter les pensées des personnages, à
travers des monologues interminables. Néanmoins, dans les premiers
volumes, le point de vue de Saki est privilégié face aux diverses
activités présentées et l'on découvre l'univers des otakus en guettant
ses réactions.

Une panoplie de personnages plaisants

Sasahara Kanji
Personnage
principal officiel. De par son caractère discret, il est souvent
relégué à la place de personnage secondaire, tandis que Saki apparaît
plus importante. Reniant au début sa nature d'otaku, Sasahara va finir
par s'accepter et trouver sa place parmi les membres de Genshiken.
N'ayant pas de préférence particulière pour les mangas, les animes ou
les jeux, il apparaît comme un personnage polyvalent, qui dispose de
grandes connaissances sur tous les sujets. Il est le type même d'otaku
qui achète des jeux sans avoir le support pour les lire, un réel
collectionneur. Plus tard dans le manga, Sasahara se verra confier la
tâche de président du Genshiken. Il pourra alors pleinement s'affirmer.
Sa première décision sera de participer à une convention célèbre, le
ComiFes, en produisant un dôjinshi. Sa nomination à la tête du
Genshiken permet de diversifier considérablement les activités du club.
La deuxième partie du manga et de l'anime sont beaucoup plus axées sur
lui.

Madarame Harunobu
Très
mince, affublé d'une paire de lunette ronde gigantesque, d'une coupe au
bol et d'une mâchoire proéminente, Madarame est l'archétype du look
otaku, personne qui ne se soucie guère de son apparence. Fan de Gundam,
il sera le deuxième président du Genshiken. Hilarant par son discours
passionné et ses poses burlesques, il est l'emblème des otakus allant
jusqu'à négliger leur alimentation et leur apparence vestimentaire pour
pouvoir acheter ce qu'ils affectionnent. Il demeure le personnage le
plus drôle de la série. On pourra déceler une certaine évolution
psychologique du personnage face à la présence de Saki.

Kasukabe Saki
Petite
amie de Kosaka. Intéressée essentiellement par la mode, elle n'est pas
une otaku, et mieux vaut ne pas lui soutenir le contraire ! Agressive
mais tolérante, elle finira par se joindre officiellement au club à la
suite d'un chantage du premier président. Prenant part aux activités du
Genshiken malgré elle, elle va expérimenter un univers qui lui est
inconnu, ce qui nous permet de voir l'immersion d'une non-otaku dans
cette culture particulière. Tout au long de la série, elle finira par
comprendre les membres du Genshiken et s'en fera des camarades. Ceux-ci
auront d'ailleurs pour habitude de lui demander son point de vue. Par
bien des aspects, elle s'avère être le personnage principal des
premiers volumes du manga.

Kosaka Makoto
Petit
ami de Saki. A l’opposé de Sasahara, il assume dès le départ ce statut
d’otaku. Imbattable aux jeux vidéo, notamment ceux de combat, il est
constamment sollicité par les autres clubs. Il se distingue pour être
un grand amateur de jeux érotiques («eroge» pour erotic games), ce qui
contraste avec l'attrait qu'il exerce chez la gent féminine. En effet,
Kosaka conserve un intérêt pour son apparence et s'avère beau gosse,
chose qui donnera lieu à des interrogations au sein du Genshiken pour
savoir s'il est réellement un otaku ou non. Le personnage de Kosaka
donne l’impression d’une grande naïveté, affichant un sourire en
permanence. Dans le même temps, il peut sortir de sa candeur
soudainement en parlant de thèmes pour le moins crus. Indéfinissable,
Kosaka peut apparaître assez creux au début du manga mais est
nécessaire dans l'illustration d'une problématique récurrente:
concilier des activités d'otakus et des activités de couple, s'adonner
à sa passion sans tendre vers l'excès en conservant un intérêt pour
d'autres sujets.

Kugayama Mitsunori
Sa
timidité maladive le fait bégayer, si bien que Kugayama s'est résigné à
avoir une vie sociale restreinte. Malgré tout, il possède une qualité
franche : un talent pour le dessin. Ce talent est gâché par un manque
cruel de motivation et une abnégation certaine. La nomination de
Sasahara à la présidence du Genshiken va lui permettre de s'afficher
comme dessinateur pour le dôjinshi produit par le club. Kugayama
représente l'otaku qui ne s'accepte pas et qui se renferme sur
lui-même. Son personnage demeure intéressant puisqu'il formule des
remarques pertinentes sur les activités otakus. Passionné de maquettes
et de figurines, il cherchera très tôt à entrer dans la vie active.

Tanaka Sôichirô
Fan
de cosplay, c'est un spécialiste dans la fabrication de costumes et de
maquettes. Il connaît ainsi toutes les ficelles pour fabriquer un
costume inspiré d'un anime ou d'un manga, dont les designs sont souvent
complexes et originaux. Tanaka a la faculté de déterminer les
mensurations de quelqu'un d'un simple coup d'oeil. Personnage
quelconque en-dehors de sa passion pour le cosplay, il ne va prendre de
l'importance qu'avec l'arrivée d'Ohno, dès le début du manga. Ces deux
personnages vont très vite être complémentaires: le costumier et le
modèle... et plus si affinités...

Ohno Kanako
Ayant
passé plusieurs années aux Etats-Unis, elle adhère au Genshiken dès son
retour dans une faculté japonaise. Fan de cosplay, elle se lie avec
Tanaka. Elle voue une seconde passion pour les yaoi, mangas mettant en
scène des relations homosexuelles entre personnages masculins idéalisés
et efféminés. Confidente de Saki, elle va entretenir une relation
conflictuelle avec Ogiué, qui ne semble supporter ni le cosplay ni le
yaoi. Belle brune à forte poitrine, elle fait office d'idéal sexuel
pour otaku : une fille séduisante se livrant à des activités d'otakus.
Timide de prime abord, elle change du tout au tout en cosplayant,
prenant le caractère du personnage joué. Elle a d'ailleurs cette
expression dont devraient s'inspirer bon nombre de cosplayers : «Le
cosplay, ce n'est pas seulement revêtir l'apparence du personnage mais
aussi son caractère». Avis aux amateurs...

Manabu Kuchiki
Otaku
exubérant, démonstratif, survitaminé, il tente d'adhérer au Genshiken
une première fois, mais est refusé par Saki. Après une année peu
festive passée au club anime, il finit par être accepté au sein du
Genshiken. Il dispose de connaissances développées dans maints domaines
d’otaku et a une manière de s'exprimer pour le moins déroutante, mêlant
des citations en anglais à des mimiques hilarantes. Kuchiki fait penser
à un otaku qui revêt volontairement une personnalité enjouée, une
carapace, pour être accepté au sein d'un groupe en tant que bouffon.
Kuchiki demeure très attachant par son physique torturé et sa volonté
de bien faire. Il rend beaucoup de services aux membres du Genshiken.

Chika Ogiué
Rejetée
du club manga, Ogiué est plus ou moins forcée d'adhérer au Genshiken.
Sa première phrase «Je m’appelle Ogiué et je hais les otakus!» montre à
quel point ce personnage est insaisissable. Là où tous les membres
assument leur nature d'otakus (même si cela semble difficile pour
Sasahara au début et plus complexe pour Kugayama), Ogiué se renie
littéralement, alors qu'elle a tout d'une otaku. Un look particulier,
un don pour le dessin (elle participera d'ailleurs à l'élaboration du
dôjinshi)... et une relation au yaoi entre passion inavouée et
expérience traumatisante. En refoulant ses prédispositions pour le
cosplay et son intérêt pour le yaoi, Ogiué entre en confrontation avec
Ohno. L'auteur a voulu en faire un personnage au caractère vraiment
tranché : soumise à des situations honteuses, Ogiué a tendance à
fuir... en voulant se jeter par les fenêtres.
Au final, on se retrouve face à des personnages variés qui montrent
fidèlement les divers profils otakus. Les personnages de Genshiken se
complètent inexorablement, tous jouent un rôle dans le club et aucun
n'est moins attachant qu'un autre. Peu souvent l'on a droit à une
palette de personnages aussi hilarants, attachants, et représentant
fidèlement un phénomène de société. En matière d'invention de
personnages, Kio Shimoku tend sans conteste vers le sans faute!

Les activités du Genshiken, une illustration fidèle de la sous-culture otaku
Genshiken n'illustre pas la sous-culture otaku de façon
caricaturale. Quand bien même les situations exposées suscitent souvent
le rire chez le lecteur, celles-ci demeurent fidèles à la réalité.
Au-delà des activités auxquelles se livrent les otakus, le manga
développe un mode de penser et un mode de vie otaku.
La honte
d'appartenir à cette sous-culture otaku est palpable chez Sasahara au
début. Qui n'a pas comme lui éprouver ce sentiment en vidant sa carte
bleue dans un magasin spécialisé, tandis que bon nombre d'autres jeunes
préfèrent les boutiques d'habillage ou autres ? Assumer une passion
mal-perçue car mal-expliquée, voire peu répandue comme en Occident,
n'est pas forcément facile. Madarame, en faisant des économies
maximales dans tous les domaines qui ne touchent pas aux
mangas/animes/jeux vidéo (habillage, alimentation...), renvoie tout
aussi bien à ce problème.
Bien d'autres situations dépeignent le mode de vie otaku. Les
conventions spécialisées et le cosplay sont bien connues des jeunes
européens, mais on perçoit dans Genshiken la véritable identité
japonaise de ce type de manifestations. Pas de niaiserie ou de kitsch
dans Genshiken, le réalisme l'emporte. Nous avons aussi droit à une
sortie à la plage en tentant d'éviter de bronzer, à des soirées jeux
vidéo, à l'obsession des personnages pour la sortie des collectors et
des nouveautés. Le manga s'aventure aussi sur le terrain du fan-service
à travers les magazines et les jeux vidéo érotiques, l'élaboration de
dôjinshi etc...
Après le volume 5, l'auteur va beaucoup s'attarder
sur la conciliation entre relations de couple et activités otakus, voir
si les otakus s'attirent mutuellement...
Genshiken sait se
diversifier tout simplement parce qu'il y a de quoi faire parmi toutes
les activités otakus. Pas une seule fois le manga ne devient
rébarbatif. Genshiken revêt au final plusieurs aspects, entre chronique
sociale et manga humoristique, entre tranche de vie et fan-service.

Un manga dans le manga : Kujibiki Unbalance
En tant que peinture fidèle de la sous-culture otaku, Genshiken
multiplie les clins d'oeil et impressionne ! En effet, l'auteur intègre
dans Genshiken un «jeu dans le jeu» : Kujibiki Unbalance.
A
l'exception de trois OAVs, élaborés pour donner un aperçu de ce que
regardent les membres du Genshiken, Kujibiki Unbalance n'existe pas
réellement. Il s'agit d'un anime fictif de 26 épisodes à l'intérieur du
manga Genshiken, très populaire parmi ses membres, qui le regardent et
le commentent. Les membres du Genshiken achètent les produits associés
mettant en scène les personnages principaux de Kujibiki Unbalance,
cosplayent ces personnages et élaborent un dôjinshi sur eux. Kujibiki
Unbalance revient à l'utilisation d'un procédé de narration appelé
«mise en abyme», une représentation d'une œuvre dans une œuvre de même
type.
Cet anime n'appartient pas à n'importe quel genre : le
pantsu (harem), genre prisé par les adolescents japonais introvertis.
Un personnage masculin maladroit et au charme caché est entouré de
jeunes filles. Il se demande vers laquelle il doit se tourner. Ce
genre, illustré par des oeuvres comme Love Hina, Ichigo 100%, Negima,
Video Girl Ai ou I''s, est souvent redondant, mettant en scène des
jeunes filles aux personnalités diversifiées mais souvent stéréotypées
à l'excès (l'intello, la populaire, la sportive,... toutes étant
forcément mignonnes et courtes-vêtues). Néanmoins, il peut arriver que
ce type de manga s'avère plus riche, moins caricatural. Il plaît de
toute façon beaucoup. En choisissant ce type d'anime, l'auteur fait un
clin d'oeil judicieux aux lecteurs masculins.
L'auteur va jusqu'à détailler Kujibiki Unbalance jusque dans les
pages inter-chapitres de Genshiken pour «bluffer» le lecteur. En fait,
dès le premier tome, des personnes de nouveau fictives (dont on ne
connaît que le pseudo) parlent de Kujibiki comme s'il s'agissait d'un
anime réel, alors qu'il n'en est rien. Le lecteur un peu perdu
s'aperçoit vite que l'auteur cherche en fait à étaler son étude du
fan-service.
Tout est fait pour que Genshiken soit le manga
représentant les otakus et lu par ceux-ci. Les plus gros consommateurs
de mangas/animes/jeux vidéo peuvent parfaitement se retrouver dans ce
manga. Complexe à définir, il vous faut absolument plonger dans
Genshiken pour apprécier tout le travail tournant autour du concept de
Kujibiki Unbalance !

Graphismes et adaptation
Première impression : les couvertures sont très réussies et
représentent le contenu du manga (cosplay, jeux vidéo, conventions,
lecture...). En ce qui concerne les décors, ceux-ci sont assez rares.
Mais l'auteur peut montrer tout son talent lorsqu'il s'agit de dessiner
les conventions où il y a foule ou les chambres bordéliques fourmillant
de détails des membres du Genshiken. Les personnages sont
charismatiques et seuls les tout premiers chapitres sont hésitants sur
le chara-design.
En tant que manga humoristique, Kio Shimoku n'hésite pas à utiliser
le SD (super-deformed). Il n'en fait pas un usage abusif et ne cède pas
à la facilité. Le SD n'est pas lourd ni excessif mais toujours utilisé
pour rendre les personnages toujours plus attachants. L'auteur est
réellement doué pour créer l'hilarité.
Une perte de rigueur peut parfois être relevée, par exemple la représentation des mains par des moufles, mais ceci demeure rare.
Bien que de rares coquilles et fautes d'orthographe se glissent dans
certains volumes, le staff de Kurokawa a eu l'idée de se placer dans la
continuité de l'esprit de Genshiken en en faisant un manga résolument
destiné à l'otaku, ainsi qu'à tout ceux qui aiment le manga
humoristique ou qui sont curieux de découvrir cet univers. Sans fausse
publicité, il faut reconnaître que Kurokawa réalise un excellent
travail d'adaptation, les bonus de fin de volume étant parmi les
meilleurs du marché.
Car, à chaque fin de volume de Genshiken, on retrouve une rubrique
baptisée Ota’club, un supplément d'environ 30 pages produit par
Kurokawa (non-présent dans les volumes japonais) et présenté sous forme
de mini-reportage. On trouve tantôt un lexique des termes utilisés à
propos de jeux vidéo, de mangas, de films ou d’animes (des mots
classiques comme fan-service, dôjinshi, cosplay mais aussi des termes
bien plus spécialisés !). Ota'club présente de-même des dossiers, des
interviews et n'est pas avare en photographies et images.
Découvrir la sous-culture otaku se révèle idéale avec ce genre
d'édition, car les références nombreuses faites par les personnages
dans le manga sont expliquées en fin de volume, et ce de manière
détaillée.
Un anime tout aussi accrocheur
Fort de son succès, le manga Genshiken a été adapté en anime.
La première saison comporte 12 épisodes et a été diffusée au Japon
d'octobre 2004 à fin décembre 2004. Plusieurs coffrets de cette
première saison sont disponibles chez l'éditeur français Kaze.
Trois OAVs ont fait suite à la première saison et ont été diffusés
au Japon de décembre 2006 à avril 2007. Ces 3 OAVs ont la même durée
que les épisodes originels. L'opening de la saison 1 et des OAVs
diffère tandis que l'ending demeure le même. Ces OAVs se raccrochent en
fait à la première saison : il n'est pas rare de les voir qualifiés
d'épisodes 13, 14 et 15. Ces courts-métrages ne sont cependant pas
encore disponibles en France.

Une seconde saison a débuté au Japon depuis octobre 2007 sous le titre de Genshiken 2...

L'anime de Genshiken suit fidèlement le manga.
La saison 1 prend fin avec l'inscription au ComiFes (ce qui
correspond au chapitre 22 du tome 4). Les 2 premiers OAVs reprennent la
fin du tome 4 et le début du tome 5. Seul le troisième OAV bouleverse
un peu la chronologie du manga puisqu'il prend place au début du tome 6
avec le cosplay d'Ogiué, alors que la saison 2 débute avec la
participation du club au ComiFest (mi-tome 5)...
Pour autant,
l'anime reprend exactement les mêmes péripéties qui sont développées
tout au long du manga. Les voix originales correspondent tout à fait
aux personnages, l'animation est très bonne, les couleurs chatoyantes
et l'univers du manga parfaitement retranscrit. L'humour et
l'attachement aux personnages passent tout aussi bien dans l'anime que
dans le manga. Un anime de qualité donc.

La sous-culture otaku au Japon
Une définition complexe de l'otaku
Contrairement à sa signification dans la culture
japonaise, le terme d'otaku est moins péjoratif en France. Au Japon,
l'otaku est une personne qui consacre la quasi-totalité de son temps à
une activité d'intérieur. En France, il désigne plus généralement les
fans de manga, de japanimation et de jeux vidéo.
Au Japon, les
connotations d'isolation sociale et de monomanie sont très présentes.
L'otaku est une personne qui se replie sur elle-même et ne vit plus que
pour une passion: poupée, culte d'une «idole» (une jeune chanteuse par
exemple), ordinateur, jeux-vidéos...
Dans Genshiken, force est de constater que les personnages
restent sociables et que leurs passions ne tendent pas vers une
monomanie. On semble donc plus proche de la définition occidentale de
l'otaku que de la définition pathologique japonaise.
Outre les
précisions terminologiques complexes sur le terme d'otaku lui-même, il
est nécessaire de voir qu'il existe d'autres phénomènes proches. Il va
s'agir d'étudier les implications de ces phénomènes sur la définition
de l'otaku.
Le nerd est une personne passionnée par des
sujets liés à la science et aux techniques. L'otaku se rapproche du
nerd car il est très lié à la modernité et aux technologies
informatiques.
Le geek, à l'origine, est un individu obsédé par un
domaine précis, généralement l'informatique. Cependant la définition du
geek a considérablement évolué. De nos jours, le geek désigne la
personne qui va porter de l'intérêt aux toutes dernières nouveautés en
matière de nouvelles technologies, qui va customiser son matériel
informatique en conséquence. Le patrimoine du geek est en perpétuel
mouvement, les nouveautés coûteuses remplaçant parfois au jour-près les
précédentes. L'otaku est proche du geek parce qu'il guette les
collectors, les éditions limitées, les dernières nouveautés en rapport
avec sa passion. Pourtant, la volonté de se fonder une collection est
beaucoup plus présente chez l'otaku.
Le hardcore gamer est un «joueur inconditionnel»,
qui s'implique énormément dans un jeu vidéo, tentant d'obtenir les
meilleurs scores, les meilleurs objets/compétences, explorant le jeu à
100%. L'otaku conserve une ressemblance avec le hardcore gamer en ce
qu'il peut être spécialiste de jeux vidéo et avoir connaissance de
toutes les techniques d'un jeu de combat par exemple.
Le nolife est une personne qui consacre une
majorité si ce n'est l'exclusivité de son temps à pratiquer sa passion
au détriment d'autres activité. Une addiction persiste et affecte les
relations sociales et sentimentales. Le terme est aujourd'hui utilisé
pour qualifier les joueurs accros aux jeux vidéo. Le hikikomori est le
pendant japonais du nolife. L'enfermement pendant de longues périodes
et le rejet de la société se retrouve davantage chez le hikikomori, qui
se constitue une alternative au suicide (un moi social inexistant mais
une perpétuation de l'individualité extra-dominante). L'otaku a des
ressemblances avec le nolife ou le hikikomori. En premier lieu, en se
livrant à sa passion, une addiction peut naître. En second lieu,
l'otaku amateur de mangas/anime/jeux vidéo, produits qui ont parfois du
mal à être acceptés par la société, ne comprend pas cette société, peut
la rejeter et se renfermer sur lui-même.
Les différenciations terminologiques sont pour le moins complexes.
Il est préférable, pour approfondir le sujet, de se tourner vers la
quantité de travaux sociologiques portant sur cette sous-culture.

Une chambre d'otaku, au Japon
Un vocabulaire riche et spécifique
Si l'on écarte l'aspect socio-pathologique et les
connotations d'isolation sociale et de monomanie, il demeure que
l'otaku, en tant que passionné de mangas/animes/jeux vidéo, développe
un vocabulaire propre à ces domaines, qui sont d'ailleurs présents dans
ce dossier !
Car finalement, qu'est-ce qu'un manga, un anime ou un
OAV s'écriront les non-initiés ? Genshiken est là pour leur expliquer.
Pourquoi alors, ne pas se livrer à un petit lexique de l'otaku ? Ces
termes renvoient aux activités qui font le charme de Genshiken et de
l'univers otaku.
Anime/Japanime: Dessin animé japonais. Astro le
petit robot (Tetsuwan Atomu) est le premier anime diffusé à la
télévision japonaise, en 1963. Cela contribuera au succès de son
créateur, Osamu Tezuka .
Artbook: Livre d'illustrations sur une oeuvre en particulier, ou sur différentes oeuvres d'un même auteur.
Character designer:
Le chara-designer est en charge du design des personnages. Il adapte
l'esthétisme des personnages en fonction de leur animation.
Cosplay:
Contraction de «costume» et «player». C'est une pratique courante au
Japon (et reprise en Occident) consistant en se déguiser en personnages
présents dans les mangas, animes ou jeux video, mais aussi à adopter
leur caractère, leur personnalité.
Dôjinshi:
Recueils d'illustrations réalisés par des individus, non-professionnels
ou mangakas renommés, n'étant pas les auteurs originels des personnages
dessinés. Il s'agit le plus souvent de yaoi, yuri ou hentaï, mettant en
scène des relations explicites entre les personnages, qui ne sont pas
présentes dans les mangas originels. Certains auteurs se font connaître
non en remportant les concours des grandes maisons d'édition mais grâce
à leur talent pour le dôjinshi,
Fanart: Oeuvre graphique réalisée par un fan amateur. Un fanzine est un magazine réalisé par des fans amateurs.
Fanbook/Character book: Livre
contenant des informations sur un manga ou un anime, notamment des
fiches de personnages, des explications sur les techniques de combat,
un enrichissement de l'univers de la série etc...
Goodies:
Produits dérivés d'un manga, anime ou jeu vidéo. Il peut s'agir de
figurines, de posters, de vaisselle, d'accessoires, de vêtements, de
coussins, de mannequin gonflable...
Manga:
Littéralement «esquisse rapide». Renvoie à la BD japonaise. Les mangas
sont classés en plusieurs catégories selon le thème traité et le public
visé. Le mélange des genres est possible. La diversité des genres de
mangas est palpable, tout individu peut y trouver son compte selon son
métier, ses passions, ses loisirs, ses sentiments...
Mecha:
Abréviation de «mechanic». Désigne les robots de combats futuristes,
présents dans des séries à succès comme Gundam, Evangelion, Rahxephon
ou des jeux vidéo comme Super Robot Taisen Alpha, Sakura Taisen ou Zone
of the Enders. Le mecha peut être considéré comme une sous-catégorie du
shônen où les mechas ont une importance majeure.
OAV/OVA: Original Animation Video. Anime produits uniquement dans le cadre d'une exploitation vidéo.

Goodies
Les otakus sont friands des produits dérivés de leurs séries
fétiches, et se montrent très exigeants dans la finition de ces
produits. En tant que manga sur les otakus, il est logique que
Genshiken ait lui-même donné lieu à ce genre de produits.

Inspirations
Le traitement du thème des otakus dans un manga est
inédit. Dans bon nombre de shônens ou seinens, on pouvait bien sûr
rencontrer ce type de personnage (Noboru Yoshikawa dans GTO par
exemple). Mais aucun manga n'avait jusqu'à présent été consacré
exclusivement à ces individus.
Le studio Gainax (à l'origine d'Evangelion notamment) a réalisé deux OAVs ayant pour héros des otakus: Otaku no Video, suivi de More Otaku no Video.

Plus récemment, Perfect Blue
de Satoshi Kon (film d'animation) a traité du problème de culte d'une
idole, et Otakus in Love de Suzuki Matsuo (long-métrage) s'est
concentré sur les otakus.

Densha Otoko (Le garçon du train) s'est vu décliné en plusieurs mangas (chez Kurokawa et Taïfu comics):

NHK ni yōkoso! (Bienvenue à NHK, bientôt chez l'éditeur Soleil) parlera des hikikomoris.

Conclusion
Alors que l'on a vu que la définition de l'otaku n'est pas
toujours correctement délimitée, le manga Genshiken recentre le débat
sur ce qui semble être la véritable nature de l'otaku : une passion
pour les mangas, les animes et les jeux vidéo. En cela, Genshiken peut
faire office à la fois de dictionnaire de l'otaku, en ce qu'il en
reprécise la définition, et d'encyclopédie de l'otaku, puisqu'il décrit
les activités de l'otaku et laisse une grande part à la découverte.
Une
nouvelle série de Kio Shimoku, auteur de Genshiken, a débuté au Japon.
Elle est intitulée Djigopuri (Jigoku Princess pour Princesse de
l'Enfer). En suivant l'apprentissage d'Ayumi, jeune maman de 18 ans,
Shimoku s’attache à décrire les situations auxquelles font face les
jeunes mères comme l’allaitement, les modifications corporelles
post-natalité ou la meilleure façon de changer les couches (les
lecteurs peuvent même voir grandir le nourrisson quasiment en temps
réel dans les pages du magazine de prépublication). L'auteur montre une
nouvelle fois son talent dans des séries dont le sujet est atypique.
Genshiken
sera apprécié à sa juste valeur par les personnes se sentant proches
des otakus, qui s'y reconnaîtront, mais aussi par des personnes qui
n'apprécient pas forcément les mangas classiques et qui ont envie de
découvrir pourquoi les mangas, les animes, les jeux vidéo suscitent
tant de passion.
Intéressant d'un point de vue sociologique,
Genshiken brille aussi par son humour, son dessin, son ambiance et
surtout ses personnages.

|